Les  écrits:

Les petits doigts gourds de l’enfant
Apaisent le cheval au cœur battant
Serein le cœur vivant
Calme la cigale
Glisse la petite bête
Des fleurs dans le calme de l’éternité
Dansent au milieu du désert
Le pré même sans pluie est calme et joyeux
Il offre ses émotions au cheval de l’enfer
Joie ou sanglot
Que décident les Dieux?
C’est la pluie aux pieds plats
Qui s’abat en tonnerre
Le bruit du fleuve se brise un instant sur les pierres
Les pierres roulent
Les pleurs se calment
Qu’il est long cet air bleu qui hante le ciel
Aussi long qu’un discours sans joie ni frisson
La foule vivante au cœur de la Galice
Cigales et fourmis chantent l’aval et l’amont
Les Dieux n’y comprennent rien
Avec leurs grands et gros pieds plats
Qui sanglotent d’inutilité
Seules leurs mains battent et tapent le ciel
Qu’ils croient rattraper
C’est la chanson du bleu, la chanson de l enfant
La chanson des petits doigts maintenant tout dégourdis.

Anne et Nicole

 

Poésie à 4 mains

Lune pleine et soleil rose
D’une main d’écume, entre clair-obscur,
J’ai retrouvé le parchemin !
Poussière de blé, étoile bonheur.
Le livre peint en vert
D’un bonheur éclairé et brûlant.
Rêveries folles, ivres de beauté.
Que dis-tu ? Je lis
Rêveries lucides ou insensées
De ta main éteinte qui me brûle encore
Dans la pénombre ivre de ton cœur
Pour toujours, l’amour. Menteur !
L’infini lumineux, le cœur mensonge
Je t’entends même si tu marches sur la pointe des pieds
Pointe au cœur, main d’écume poussière
Sous le soleil rose, prête à me brûler au volcan éteint…
Noyée dans l’aridité de sa luminosité
Bonheur sur la pointe des pieds loin du souffre volcanique
Etoile bonheur, grain de blé
Coup de pied à l’inélégance du galant-menteur
Faux bonheur, faux-semblant
D’accord, ça me va.

Anne et Béatrice

 

Poésie à 4 mains

Ma douleur comme une sève vivante déploie ses heures mortes
Un bout de ficelle suspendu au-dessus de l’abysse
Écarte le précipice de mon cœur enfiévré

Dans cette nuit, je voudrais plonger dans la folie
Quel jeu étrange
Ton coup de pied dans une paume qui éloigne le doux dôme de notre fête sucrée

J’attends que le cœur du sage m’éclaire,
Les lignes de ta main,
Le parfum sucré et épicé sur mon creux désenchanté
Le précipice acide quand tu t’écartes de moi
Le murmure du hibou au-dessus de la canopée

L’enfant près de l’arbre me chuchote son ennui.
A-t-il lui aussi sombré entre l’aube et le crépuscule…
Pourtant il a un joli cœur

Laurence et Paulette

 

Annonce n° 1

A vendre

« Vends femme-objet à l’esprit vif (mais pour faire le mal), jalouse, méchante, exigeante, même qu’elle a exigé qu’il y ait du chauffage et de l’électricité quand elle arriverait, elle la princesse, oh pardon plutôt la reine, dans leur maison nouvellement achetée. Même qu’elle a dénigré son travail à lui, fait de ses mains, cause ses petits besoins personnels »

Prix: allez, je suis gentille : 1€  

Avis de l’acquéreur: 4 étoiles

A l’attention du service après vente de Femmorama:

Monsieur, 

J’ai acquis, lors du Black Friday, la pièce « femme-objet ». Je cherchais une Femme Vamp, un peu Fatale, mais mes modestes moyens m’ont fait me rabattre sur cette dernière pièce.

Quelle belle affaire, j’ai faite! Et comme je me dois de vous remercier platement et de remercier votre commercial! Sa méchanceté assortie à son esprit vif me fait hurler de rire et a permis enfin de me débarrasser de ma belle mère!

Elle éloigne de moi les médisants et les gens trop intéressés; elle seule a enfin compris mes petits besoins personnels et sait, entre quelques coups de griffe, les combler.

Décrite comme une princesse jalouse, je lui ai fait un royaume dans ma pauvre masure où le torchis le dispute à la terre battue. Vous avez dû vous tromper dans votre mise à prix; Derrière les éclairs de ses yeux et ses coupes de griffe, moi j’ai trouvé le cœur d’une reine 

Anne la brune & Anne la blonde

 

 

Ma chère Mayalène,

Cette nuit, la brise m’a soufflé d’écrire à celle que j’ai aimée.

Les mots de ma solitude à genou voleront-ils jusqu’au pays ? C’est ma prière muette au cœur de l’obscurité, qu’ils atteignent ta nostalgie pour adoucir ma honte.

Honte d’avoir gagné l’autre rive voici plus de 20 ans. J’avais voilé tes yeux emplis de larmes de mots pleins de promesses pour la vie à venir.

Au loin, les gens pauvres n’existent pas et je te ramènerai des brassées de richesses pour adoucir tes jours.

Le chant de ma flûte de promesse s’est brisé sur le sable sec de cette contrée.

Ici, le bois ne vaut pas plus que par chez nous, et mon rabot a beau être aussi usé par le labeur que mes mains calleuses et fendues, aucune fortune n’a empli mes poches inutiles.

On me demande souvent pourquoi sur mon temps libre je taille autant de flûtes en bois. Derrière chacune d’elle se profile ton image souriante, du temps où les promesses semblaient vraies.

                             Léon

Léon,

à la lumière tombante du soir, je reçois tes mots.

Quel mauvais vent t’a donc fait penser à moi ? 

C’est vrai, nous habitions la même rue, nous avons prononcé les mêmes promesses, au chaud des cabanes qui nous accueillaient les nuits d’orage.

Tu es parti, Léon. Moi, je suis restée dans un océan de solitude, sans rive devant. Les heures et les jours sont passés. La terre qui est la mienne, j’ai appris à l’aimer. Les bois qui m’entourent, j’ai appris à les connaitre, à les faire grandir et à en faire des forêts accueillantes pour les hommes.

Les promesses entendues n’engagent que ceux qui les prononcent. Je n’ai aucun regret. J’ai promis à mes arbres de les soigner, de préserver leurs racines, de veiller à leur lumière. J’ai promis de faire de mes pinèdes, de mes chêneraies, un foyer de tranquillité à celui ou celle qui y pénètre.

Je ne coupe rien, je ne taille rien. Je sème.

Le ciel me montre que l’espace, si petit soit-il, est une immensité à qui sait l’habiter.

C’est sur cette terre qu’est mon foyer.

                            Mayalène

Paulette et Anne Novembre 2025

Annonce n°2

Bol  d’air:

« Tu aimes la campagne, la nature, l’épicurisme, tu es au bon endroit. Ce solitaire Gaulois t’apprendra à reconnaître les oiseaux et les plantes… Et après une journée de randonnée et de bricolage, défileront devant toi, pâtés, andouillettes, légumes du potager, et eau de vie.

Pas de prix avec lui…juste de l’authentique! Contacte-le sans attendre »

Anne la blonde

Mon frère, ma petite sœur,

Votre innocence s’est réveillée ce matin, et je sais que de suite vous vous êtes dirigés vers le jardin, le regard collé au passage des nuages et à la trouée de ciel bleu.

Vous vous demandez pourquoi je suis parti loin sur ce bateau dont je ne sais s’il m’amènera enfin à un paradis sur mer. Je pars essuyer contre mon cœur abimé les morceaux de moi-même blessés, blessants, qui sont les braises de ce deuil que je dois faire, l ‘adieu à notre mère. 

Je pars pour que vous viviez mieux, dans l’attente de vous ramener une abondance de pêche, une abondance d’amour.

Je pars pour me délier de ce cœur parti ailleurs. Mon amour vous reste présent; dans la main je garde ce galet blanc qu’au fond de votre paradis d’enfance vous m’avez abandonné.

Il est ma mémoire, mon souvenir. Il est ma force et mon bonheur de vous retrouver.                                                                                     Diego

Diego,

Tu as bien deviné, ce matin au jardin je regardais la danse des nuages dans la trouée du ciel bleu, et Ana m’a rejoint sans mot dire. Sais tu aussi que je pensais à toi et que je t’imaginais dans le bateau, la peau battue par le vent ?

N’aies pas de crainte, j’ai compris que ce départ était nécessaire pour que ton cœur blessé continue à battre suffisamment fort pour supporter la vie avec ses pertes et ses recommencements.

Pour ne pas te mentir, je t’en ai voulu lorsque j’ai trouvé ton lit clos et tes étagères vides.

Nous n’avons pas appris à nous dire au revoir.

Et puis, en parlant avec Ana, nous sous nommes souvenus que tu avais toujours rêvé d’autres rivages, de ciels plus lumineux, de paysages moins arides. Les soins à notre mère, à ton jeune frère et à ta petite sœur t’ont toujours empêché de partir. Mais dans tes yeux, même quand tu nous souriais, une ombre persistait.

De savoir que tu as sur toi notre galet blanc a apaisé toute rancœur. Le temps de l’enfance laissera dans nos cœurs quelques marques, tantôt pures, tantôt obscures, tantôt lisses , tantôt rugueuses.

ll est temps aujourd’hui pour nous de larguer les amarres, d’apprivoiser la liberté des horizons rêvés.

Il est temps aujourd’hui pour chacun d’exister.                                                                                 ton petit frère et ta petite sœur

Anne et Paulette Novembre 2025

Aujourd’hui, dans ce petit village au cœur des Landes, une grande fête se prépare. Tout le monde s’active : certains vont cueillir des arbouses, d’autres des bruyères et des fougères pour décorer le centre des tables. Les femmes sont aux fourneaux avec une alléchante odeur de pastis landais et de tourtière qui accompagneront le rôti de bœuf de Chalosse. Les hommes, eux, ne se sont pas fait prier pour aller vers les caves pour choisir les bouteilles de vin de Tursan et d’Armagnac.

Les petits chenapans préfèrent profiter des embruns de l’océan et courir sur le sable blond à travers les oyats en longeant le courant d’Huchet.

Firmin lui chausse ses échasses et décide d’aller vers la forêt. Il aime cette solitude auréolée de ces grands pins majestueux. Il écoute le murmure du vent dans leurs cimes et hume avec délectation cette résine qui s’écoule le long de l’écorce. Il contemple, sans jamais se lasser le jaune sucré et éblouissant des genêts et des ajoncs. Tout ceci c’est son royaume à lui, loin de l’effervescence des courses de vaches landaises. Il bifurque à droite évitant les marécages mais patatras… quand il se relève ses genoux sont écorchés et ont viré au bleu. Sa maman n’est pas là pour le réconforter mais depuis tout petit, elle lui a raconté un secret et lui a montré le chemin de la source des ombres bleues. Vite, il faut réunir toutes les conditions : le soleil est à sa place. Il ramasse un caillou bien lisse pour le frotter sur son corps meurtri et se remémore la phrase magique… « je te donne ma couleur à vous les ombres bleues pour que vous la portiez au ciel… »

Pendant ce temps, à l’airial, les victuailles ont pris place sur les tables et tout le monde s’accorde à lever les verres et à parler fort…. mais commence à se dégager une odeur pestilentielle. Le silence s’abat tel la foudre. Tous les convives n’ont qu’un mot à la bouche : GRATEUS. Ils crient, ils courent…. « GRATEUS est là…c’est sûr…Vite quittons nos maisons… Nous ne pouvons plus respirer ». La forêt est leur seul refuge mais bien vite hélas, ils réalisent que GRATEUS les a condamnés à errer sans vivre, isolés, loin de tout.

Depuis sur ce chemin, une croix nous rappelle à nous promeneurs que les Landes restent mystérieuses et qu’il faut savoir l’apprivoiser pour être accepté dans ce pays aux multiples sources et malins

Laurence Juin 2025

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« Tu es prête ? » Oh que oui, elle était prête.

Il avait tout préparé. Elle voulut retourner la terre de joie, mais elle avait oublié qu’ils étaient des poissons.

Les clochers firent entendre leurs sons, assourdissants. « Viens que je t’entraîne pour une dernière danse ! » Ils plongèrent dans l’eau, enlacés qu’ils étaient ; leurs corps frêles décrivaient des demi-cercles, et se serraient pour jaillir hors de l’eau.

« Bateau, sur l’eau »

L’île aux poissons était perdue dans l’océan.

Des amis, ils en avaient, oui, des foncés, des argentés…Mais à ce moment-là eux-seuls comptaient, leur danse tourbillonnante. Ils se fondaient l’un en l’autre. Leur beauté était sans égale.

Je crois qu’ils s’aimaient. Oui, ils s’aimaient pour danser ainsi.

AL Avril 2025

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Quel est ce signe là sur sa peau ?

Elle est née voilà une heure et ce signe là déjà la distingue.

Sa mère s’interroge sur ce mystère.

Elle pleure à l’idée d’une faute oubliée qu’il lui faudrait expier. Le père n’entre pas dans le jeu. Il n’y a pas de justice dans ce signe, ce n’est qu’un aléa génétique, comme sa peau dorée ou sa bouche en cœur.

Dans toutes les langues la mère s’interroge toujours: why ? porque ? pourquoi ?

Aucune réponse ne vient alors elle cesse de chercher.

L’enfant est tendre et rieuse. Deux yeux bleus illuminent son visage.

Personne ne parle plus du signe, personne n’ose même le nommer. Presque tomberait-il dans l’oubli si quelquefois dans la cour de l’école, il n’amenait quelques rires moqueurs.

Mais l’enfant non seulement rayonne mais en plus est brave. Alors elle continue d’avancer tête haute et sourire aux lèvres.

C’est notre soleil dit le père, c’est ma princesse affirme la mère, c’est notre chipie tempèrent les sœurs, c’est notre conquête claironnent les prétendants.

Mais contre vents et marées, elle poursuit son chemin, insoumise, sans bague au doigt, ni chaînes aux pieds.

Toujours elle poursuit sa quête vers le lointain : ce signe ? C’est quoi ? Pourquoi moi ?

Elle croit parfois trouver une réponse sur les traces noires d’un marc de café ou sur un jeu de tarot abîmé. Mais ce ne sont que de vains espoirs.

Alors s’en s’arrêter, chassant la nuit qui la poursuit, la femme des longues patiences se donne lentement le jour.

 Syllabe Mars 2025

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Vivre d’amour et de danse,

Vivre et chanter en liberté, 

Interpeller Dieu et danser,

Danser en direction du vent,

Danser à contre temps,

Danse-moi, il est temps !

Danser et rire souvent,

Danse-moi tendrement !

Danser dans le mouvement,

S’en aller loin devant,

Dans toutes les directions, s’envoler maintenant.

E.M.

Pour vivre heureux, vivons cachés. 

Hé oui, je vais vous parler de cette maison…c’est une maison au bout du chemin de halage. Dans le coin et même dans la région, tout le monde connaît son existence. Pour vous accueillir, devant la maison, il y a un amas d’ordures.  

Vous voulez la visiter ? Aujourd’hui c’est portes ouvertes : la porte de la maison est ouverte sur un couloir. Long couloir large, tapisseries désuètes collées au mur. 

 Cette maison sent le renfermé, tant l’humidité est là depuis longtemps. En marchant plus avant, on peut observer deux fauteuils d’ « époque », l’un étant habituellement occupé par « le vieux ». Les habitants de cette maison sont de grands travailleurs. Ils -en dehors du « vieux »- ne connaissent pas le repos. Ils travaillent tous au même endroit, à la chaîne.  

Une fois rentrés chez eux, souvent, ils apparaissent aux fenêtres comme autant de fantômes. Comme pour forcer le trait, les fenêtres ont des rideaux de dentelle blanche. 

Ces personnes aiment les gens. Pourtant, jamais ils n’invitent des amis. 

Anne 14 octobre 2024 

Petit Jean avait une grande bergerie dans un airial du côté d’Allons. Il emmenait ses bêtes paitre dans les landes environnantes du lever du jour au coucher du soleil.

Monté sur ses échasses il les surveillait attentivement en tricotant des chaussettes qu’il échangeait au colporteur contre des pièces de tissu ou quelques casseroles.

Ninon, sa femme était vaillante et bonne cuisinière et tout aurait été au mieux pour Petit Jean sans le choucaloupe. Cette espèce de monstre avait l’apparence d’un loup noir avec un bec et des yeux de corbeau. Il avait des pattes avec des griffes acérées et deux grandes ailes d’au moins deux mètres.

Les nuits de brouillard, il survolait les bergeries et emportait mouton ou même berger qui n’étaient pas abrités.

Depuis le début de l’automne il avait chaque nuit volé un mouton à Petit Jean.

C’est qu’il y a souvent du brouillard à la mauvaise saison et Petit Jean n’osait pas sortir sauver ses bêtes de peur d’être attaqué lui-même.

Quand Pâques arriva Petit Jean n’avait plus de larmes pour pleurer tant il en avait versées de désespoir à voir ses moutons disparaitre.

Sa femme s’inquiéta de le voir les yeux sui secs qu’il n’avait pu pleurer à l’enterrement de la mémé.

Sur les conseils des commères du village, elle l’amena à la source de Fantasmagorie.

Là, un grand jet sortait d’une pierre. La brave Ninon obligea son jean à réciter des prières pour lui-même en plongeant sa tête sous le jet sept fois en une minute.

Elle lui sécha la tête pendant qu’il râlait que c’était bien des histoires de bonnes femmes. Elle le fit taire d’un baiser pour que la source ne l’entendit pas et le ramena à ses moutons.

Trois jours plus tard, Petit Jean aida une brebis à mettre bas et devant ce nouveau petit être si fragile, il fut saisit d’émotion. Il sentit les larmes lui monter aux yeux et les essuyant du dos de la main, il chuchota : « Sacrée Ninon, vay ! »

SL juin 2025

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J’inspire…plutôt je soupire…

Je repense à ma vie palpitante, pendant que je suis en train de nettoyer mes vieilles casseroles.

« Voilà ce que je suis, encore une femme utile » me dis-je.

Perdue dans mes pensées, je me suis mise à danser, une musique tourne en boucle dans ma tête.

Pépé le perroquet, dans sa cache en me regardant, s’est mis à se balancer au même rythme.

Je pensais en même temps à mon organisation de la journée. Une énigme. Je soupire.

Après tout, je ne suis qu’humaine, une femme cachée sous une carapace. Le monde a beaucoup d’attente, on doit être féminine, être habile. Troisième soupir.

C’est avec beaucoup de sagesse, que je me suis consolée en me disant que la femme des longues patiences se donne lentement le jour.

Céline Mars 2025

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Depuis l’enfance elle est habitée par cette angoisse de l’équilibre.

Mais où donc trouver ce point magique qui confère à la balance son insouciance ?

Pencher à droite, à gauche, revenir au cœur, à l’essentiel !

Ça, elle sait faire avec les sentiments, elle peut aussi avec les pensées…   trouver l’équilibre entre l’angoisse et la légèreté… mais son corps !

Cette chose qui s’emmêle, s’égare, plie, rompt, se vautre, s’avachit, se méprise, se mutile, s’annihile…

Il ne sait ni où est le nord, ni aller au sud, se perd à l’est et part complètement à l’ouest.

Elle voudrait tournoyer comme une plume emportée par le vent mais n’éprouve que la pesanteur d’une plume plaquée au sol par la pluie.

Alors elle reste là, figée. La musique enlace son corps et elle n’ose esquisser un geste : l’équilibre, où est l’équilibre ?

Son âme vibre, sa bouche chante mais son corps de plomb ne résonne que de ses peurs.

D’un regard affamé elle dévore les autres corps, leurs envolées sur des accords d’équilibristes.

Elle voudrait tourbillonner aussi. Son corps tendu d’espoir vacille.

Une main la saisit, un bras l’enveloppe… elle se laisse emporter, se plie, se courbe, glisse, s’éloigne, se rapproche, étreint…

Le point d’équilibre, là, juste entre les deux. Elle sait désormais. Elle peut s’élancer.

SL

Quand j’étais enfant, j’allais souvent en vacances chez ma grand-mère avec ma cousine Marie. 

Non loin de chez elle au pied de la colline, il y avait une maison bleue. 

Nous la regardions à distance pendant nos promenades. 

Devant la maison il y avait un puits en pierre moussu et les fenêtres étaient fleuries de géranium.. 

Souvent on entendait de la musique : les habitants de la maison étaient des joyeuses personnes et faisaient souvent la fête dans le jardin. J’imaginais, petite fille naïve, qu’ils ne faisaient que s’amuser puisque jamais je ne les voyais vaquer à leurs occupations. 

Un jour que notre balade nous conduisait plus prés de la maison, nous avons vu que la porte était grande ouverte et qu’il régnait un étrange silence. 

Timidement nous nous sommes approchées. Ne voyant personne dans le jardin nous sommes allées jusqu’au seuil de la maison. « Il y a quelqu’un ? ».Avons-nous demandé. Devant l’absence de réponse nous sommes entrées. Dans la pièce de vie, tout était dévasté comme si une tornade était passée par là : il ne restait plus le moindre petit espace vital ! 

La maison sentait la cire d’abeille et le patchouli mais aussi une odeur écœurante que nous ne pouvions identifier. 

Soudain un gémissement sortit de derrière une table renversée. Terrorisées nous nous sommes enfuies. Arrivées hors d’haleine chez notre grand-mère nous lui avons raconté notre histoire. 

Elle a appelé sans attendre les pompiers et les gendarmes et c’est ce qui a sauvé la propriétaire de la maison. Mais pas son amant. Le mari pris d’une rage folle à la découverte de leur infidélité avait trucidé son rival et tenté de faire subir le même sort à sa femme. Ensuite il avait saccagé ce qui avait été la maison du bonheur. 

Désormais ce qui fut une maison joyeuse est un lieu abandonné où personne ne rentre plus. 

Quant à moi je ne crois plus aux histoires d’amour. 

Syllabe 14 octobre 2024 

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